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Yom HaShoah 2019

Yom HaShoah 2019

Mesdames et Messieurs,

Yom HaShoah est Journée du Souvenir de l’Héroïsme pour les Israéliens : en 2019, le thème central est

« Une Guerre dans la Guerre », la lutte pour la survie des Juifs pendant la Shoah.

Encore la Shoah ! … nous dira-t-on.

Soixante-quatorze ans après la libération des camps de concentration, faut-il continuer à pratiquer le devoir de mémoire ?

Malgré le fait que près de trois générations ont étudié à l’école les mémoires d’Anne Frank, et les discours de Martin Luther King, sans parler de tous les autres livres, les films, et les innombrables émissions sur le sujet, le populisme triomphe partout dans le monde, et l’antisémitisme le suit de près.

L’obscurantisme, le complotisme, et l’irrationnel se répandent comme la peste : toute cette pédagogie, tous ces témoignages semblent avoir été vains.

Beaucoup plus grave, les millions de mort de la « Solution Finale », n’auront même pas servi à faire disparaître le fléau : il est vrai que les préjugés et la jalousie sont éternels, et inhérents à l’humanité.

Et l’actualité nous rattrape.

En Amérique, la tuerie de la synagogue de San Diego qui a eu lieu la semaine dernière, survient 6 mois après celle de Pittsburgh.

En Asie, nouveau terrain de chasse du terrorisme, les monstres qui ont massacré des chrétiens au Sri

Lanka, le jour de Pâques, peuvent demain se retourner contre les Juifs, ou n’importe quelle communauté.

Les vaincus – ou futurs vaincus – s’en prennent à ceux qui sont désarmés. Daech confirme cette règle après les Jeunes Turcs, les Nazis, les extrémistes Hutus, et bien d’autres.

En Europe de l’ouest, un nouveau fait scandaleux a été révélé, il y a quelques jours : Les lois du

Luxembourg font que, pour la plupart des Juifs qui y vivaient pendant la Deuxième guerre mondiale, et pour leurs descendants, une demande de restitution de leurs biens est tout simplement impossible. Le fait que le Luxembourg soit une plaque tournante majeure de l’industrie bancaire semble être lié à la difficulté apparente du pays, pour réformer ses lois de restitution.

A Paris, le mois dernier, l’exposition au musée Maillol du collectionneur Emil Bührle, n’insiste pas sur le fait que ce dernier a acquis des œuvres spoliées aux juifs pendant la Seconde guerre mondiale.

Le responsable – suisse – de la collection, souligne le fait que tout cela est indépendant du blanchiment, par les banques suisses, de l’argent volé aux Juifs par les Nazis. S’il le dit …

Et les actes antisémites se multiplient, ici comme ailleurs, pendant que les réseaux sociaux relaient tranquillement les pires abjections, tout en permettant aux géants du net d’éplucher et de vendre à n’importe qui nos profils, y compris et surtout nos opinions, notamment religieuses. Inutile d’être particulièrement clairvoyant, pour imaginer la suite …

Les loups ne se mangent pas entre eux : ceux qui sont ciblés sont presque toujours les modérés, ouverts aux dialogue avec les autres religions, et non violents, qu’ils soient Juifs, Chrétiens, ou Musulmans. Les intégristes et fanatiques de tous bords semblent immunisés contre les attentats.

Cette recrudescence de l’innommable est-elle due à la disparition progressive des témoins directs de l’horreur, qui portaient une vérité et un témoignage, démentis à eux seuls des calomnies perverses, et du révisionnisme sordide ?

Est-elle une conséquence de ce qu’on appelle improprement les « post-vérités » ? Ces post-vérités sont au-delà du mensonge, car le mensonge se réfère à la vérité pour la travestir, alors que la post vérité ne transmet rien, en ayant l’air de transmettre un discours important.

Certes, la rumeur est le plus vieux média du monde, mais avec les GAFA et les réseaux sociaux, tout devient plus facile, et plus rapide.

Dans le monde contemporain, il est souvent question de « dévoiler » la vérité. Ces dévoilements sont généralement le fruit d’une publicité dont ils sont à la fois le lieu et l’enjeu. Le concept de dévoilement est porté par le faux espoir de la transparence, et par la prétendue culture du résultat, et le culte obscène du succès.

Ce prétendu dévoilement comporte les risques majeurs d’une perception immédiate de la réalité, sans médiation par l’échange, la parole, le vécu, et le partage.

Ce sont pourtant bien les ténèbres et la mort qui se manifestent dans l’immédiateté du dévoilement. La Torah nous enseigne que la médiation de la parole écoutée et entendue, devra avoir la préséance sur l’immédiateté de la vision, sous peine de chute dans ces ténèbres.

La recherche de la vérité sans la connaissance (co-naissance), aboutit forcément à des résultats funestes, et cela revient à dire, comme le sage Salomon, science sans conscience …ou, en d’autres termes, nous ne pouvons-nous connaître nous-mêmes qu’à travers les autres.

Les prétendus « dévoilements », que nous pourrions expérimenter sans réel effort, et sans nous référer à la réalité quotidienne, ne peuvent aboutir qu’à des pièges, tendus par les autres, ou par nous-mêmes. De tels dévoilements sont engendrés dans l’abstraction, et ils amènent à des convictions délirantes, pires que l’ignorance. C’est avec inquiétude au mieux, avec horreur au pire, que l’on entend les prêches complotistes et conspirationnistes, toujours basés sur un soi-disant « dévoilement ».

Plus grave encore, c’est souvent par des pseudo dévoilements que commencent les catastrophes, les guerres, et les massacres.

Mirabeau – un des grands artisans de l’émancipation des Juifs – le disait déjà en 1785, à Berlin, dans un impressionnait éclair de prescience et de clairvoyance : « …et si la haine … allait changer toutes ces rêveries ténébreuses en un système d’intolérance et de persécution ? … ».

Oui, encore la Shoah en 2019!

C’est encore l’actualité !

Nous savons hélas que même si les mauvais disparaissent, le Mal ne disparaît pas.

Nous devons rester dignes face aux provocations, mais aussi et surtout nous montrer vigilants.

Nous devons calmement, mais sans réserve, relever les mensonges; nous devons, sans violence, mais avec force et détermination, nous opposer aux actions menaçantes et agressives.

C’est notre responsabilité de promouvoir la vérité par nos paroles et par nos actions, de rétablir les faits, et de dénoncer, sans crainte et sans haine, les calomnies.

Nous faisons savoir que rien ne pourra nous intimider, mais que l’essence de notre spiritualité est la solidarité et la bienfaisance, envers et contre la destruction et la haine.

Fabrice Topcha, Président de Keren Or.