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Sermon de Roch Hachana du Rabbin Haïm Casas

Le jour de Roch Hachanah n’est pas connu comme tel dans la Torah. La Torah l’appelle Yom Teruah (le jour du son du chofar) : en fait, c’est la façon la plus ancienne de nommer la fête que nous célébrons aujourd’hui.

On lit en effet dans la Torah:

דַּבֵּר אֶל-בְּנֵי יִשְׂרָאֵל, לֵאמֹר: בַּחֹדֶשׁ הַשְּׁבִיעִי בְּאֶחָד לַחֹדֶשׁ, יִהְיֶה לָכֶם שַׁבָּתוֹן–זִכְרוֹן תְּרוּעָה, מִקְרָא-קֹדֶשׁ

« Parle ainsi aux enfants d’Israël : au septième mois, le premier jour du mois, aura lieu pour vous un Chabbat; un souvenir du son  du chofar, un moment sacré” Lev. 23:23-24

Nous apprenons donc qu’il existe un lien important entre la nouvelle année et le son du Shofar. Qu’est-ce que la Torah essaie de nous dire en appelant ce jour Yom Teruah, le jour du son du Chofar?

 

Nous pouvons traduire Teruah de différentes façons : souffler, trompette, qui font référence au son du shofar. Il s’agit du chofar comme instrument musical. On peut aussi le traduire comme son joyeux ou cri de joie, en référence à la joie de la célébration. Il peut également être traduit comme cri d’alarme, cri de guerre. Ce dernier fait alors référence à une situation de danger dans laquelle nous devons être sur nos gardes.

Dans tous les cas, le son du shofar est quelque chose qui éveille nos sens, quelque chose qui éveille notre cœur.

D’après nos sages, il y a de nombreuses raisons pour lesquelles nous sonnons le shofar à Roch Hachana. La plus connue est peut-être celle donnée par Maïmonide, dont la signification est la suivante : “Pensez à votre âme et amendez vos voies, que chacun abandonne ses comportements et ses pensées vaines”. (Maimonide, Yad Hilkhot Techouvah 3 :4). Mais que signifie corriger nos désirs et abandonner nos comportements et nos pensées vaines ? Chacun d’entre nous a sans doute une réponse différente à cette question, mais je dirais que ce qu’il faut pour y parvenir, c’est sortir de nous-mêmes. Le son du Chofar est un appel à regarder au-delà, vers l’autre.  Ce n’est que lorsque nous sortons de nous-mêmes que nous pouvons nous connecter avec le prochain. C’est dans notre relation amoureuse et attentionnée à l’autre que nous trouvons Dieu et du sens à notre vie.

Afin de mieux comprendre la signification du Chofar dans la liturgie de Roch Hachana, nous devons relier la lecture de la Torah de demain, la ligature d’Isaac, avec la parachat Hayé Sarah, qui évoque la mort de Sarah.

Les rabbins font un lien entre le passage de l’Akeidah et la mort de Sarah en disant que ce qui a vraiment tué Sarah, ce sont les nouvelles concernant la ligature d’Isaac. Le midrash nous raconte que Satan est devenu fou à cause de la loyauté et de l’obéissance d’Abraham. Alors il est allé chez Sarah en dissimulant son identité sous une sorte de déguisement et lui a demandé :

N’avez-vous pas entendu ce qui s’est passé dans le monde ? Elle lui a répondu : Non. Il lui a dit : Votre mari, Abraham, a tué votre fils bienaimé, Isaac, et l’a offert en holocauste sur l’autel. » Immédiatement, elle a commencé à pleurer, et elle a pleuré trois fois. Elle a crié trois fois, ce qui correspond aux trois Tekiot (du Shofar), et son âme l’a quittée, et elle est morte.

-Pirkei d’Rabbi Eliezer, 32.

Le son du chofar est donc le cri amer de Sarah pleurant la mort de son fils. On pourrait alors, selon ce midrash, traduire Yom Teruah, le jour du son du chofar, comme le jour du cri de Sarah.

Si nous revenons à l’idée de Maïmonide sur le sens du Chofar, à savoir, corriger nos désirs et abandonner nos comportements et nos pensées vaines et si on fait un lien avec l’idée midrachique du cri de Sarah, nous pourrions dire que l’un des principaux objectifs de Roch Hachana est de corriger notre caractère afin de nous connecter avec l’autre. Pour nous connecter avec l’autre et sa douleur afin d’apporter du réconfort au monde. Le cri de Sarah, c’est le cri de notre voisin.

Une grande partie des maux de l’humanité, beaucoup de nos problèmes familiaux et personnels, pourraient trouver une solution, si nous pouvions nous connecter avec l’autre, sa réalité, ses peurs, ses rêves, sa douleur. Nous sommes parfois enfermés dans un cercle vicieux dans lequel nous exigeons tous que d’autres ressentent nos larmes, mais nous ne nous inquiétons pas d’assécher les larmes de notre voisin. La racine d’une grande partie de la douleur de ce monde est le manque d’empathie, et le règne de l’égoïsme narcissique. Notre société a grand besoin de générosité, de hauteur de visages, de personnes capables de ressentir Teruah, les cris de Sarah, les pleurs que nous avons à nos côtés.

C’est seulement lorsque nous nous laissons communiquer avec les autres, que nous pouvons trouver Dieu, source de toute miséricorde. Le Talmud appelle parfois Dieu Rahamana, le tout miséricordieux. C’est intéressant de noter que Rahamana partage la même racine que le mot rehem, ce qui signifie utérus, le ventre de la mère. Par conséquent, lorsque nous nous connectons avec la douleur de Sarah, la douleur d’une mère pour son enfant, la douleur des autres, nous sommes en mesure de nous connecter avec Dieu miséricordieux.

Le Zohar (III, 92b) dit: «Ainsi, si un homme fait de la bonté sur la terre, il éveille la bonté de l’amour dans le ciel, et il repose sur ce jour qui est couronné par lui. De même, s’il exécute un acte de miséricorde, il couronne ce jour-là avec pitié et il devient son protecteur à l’heure du besoin ».

Je vous souhaite que la Source de toute vie vous bénisse et vous protège en cette nouvelle année, vous, vos familles, vos malades. Que Dieu bénisse et protège cette communauté. Dieu veut que nous soyons en mesure cette année de sortir nous-mêmes et nous connecter avec d’autres, en particulier ceux qui souffrent, afin de nous connecter avec Celui qui est toute miséricorde.

 

HC