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Sermon de Roch Hachana 5779 du Rabbin Haim Casas

Chaque année, lorsque Roch Hachana arrive, nous lisons dans toutes les synagogues du monde, la célèbre histoire de l’Akedat Isaac, la ligature d’Isaac. L’un des moments les plus dramatiques de la Torah. Une histoire bien connue de chacun de nous. Cependant, il y a une autre histoire qui passe parfois inaperçue. Il s’agit de l’histoire que nous allons lire dans la haftarah du prophète Samuel le premier jour de Roch Hachana. C’est l’histoire de la prière de Hanna, la mère du prophète Samuel.

Permettez-moi de faire un bref résumé, presque midrachique, de cette histoire :

Elkana a eu deux femmes: Peninnah et Hanna.

Pourquoi deux femmes? Selon le Midrach, la première femme était Hanna. Femme dont Elkana était profondément amoureux. Cependant Hanna était infertile, un fait qui n’a jamais diminué l’amour d’Elkana pour sa femme. Après 10 ans de relation et sans enfants, il semble que ce soit Hanna qui a suggéré son mari pour qu’il puisse prendre une seconde femme qui pourrait lui donner des enfants.

Peninnah a eu des enfants, tandis que Hanna est restée stérile pendant 19 ans.

Chaque année, Elkana offrait un sacrifice à Dieu. « Il donnait à sa femme Peninnah et à tous ses fils et filles des parts, et à Hannah il donnait une part double, car c’est Hanna qu’il aimait » (1 Samuel 1) En dépit de l’amour d’Elkana, Hanna a beaucoup souffert du fait qu’elle ne pouvait pas porter d’enfant et qu’elle était continuellement humiliée par Peninnah. Et Hanna, plongée dans le plus profond des chagrins, n’a pas cessé de pleurer et n’a pas mangé.

Un jour, alors que la douleur pesait plus que la vie, Hanna décida de monter dans le sanctuaire où se trouvait le prêtre Éli et d’y adresser sa prière. De cet épisode, le livre de Samuel nous dit ce qui suit:

« Comme elle prolongeait sa prière devant l’Eternel, Éli observait sa bouche. Hannah parlait en son âme : seules ses lèvres remuaient mais sa voix ne s’entendait pas. Éli pensa qu’elle était ivre. Alors Éli lui dit : Jusques à quand vas-tu rester ivre ? Cuve ton vin ! Mais Hannah répondait ainsi : Non monseigneur, je ne suis qu’une femme éprouvée, je n’ai bu ni vin ni liqueur, j’épanche mon âme devant l’Eternel, Ne juge pas ta servante comme une vaurienne : c’est par excès de peine et d’affronts que j’ai parlé jusqu’à maintenant. Éli lui répondit : Va en paix et le Dieu d’Israël exaucera ta demande » (1 Samuel 1)

La tradition rabbinique considère Hanna comme une maitre de la prière. En fait, les rabbins ont mis la prière d’Hanna comme exemple de la façon dont Amidah devrait être fait. L’Amidah est le moment central de la liturgie juive où, debout et en silence, nous offrons notre prière personnelle à Dieu. L’Amidah est si important qu’il est considéré comme la prière par excellence. Eh bien, Hanna enseigne comment on doit faire l’amida, elle devient une enseignante de la prière.

Medaberet al-libah, que on peut traduire comme «  Elle parlait de son cœur ou avec son cœur ».

La prière d’Hanna est une prière qui vient du cœur. Dans l’antiquité, on croyait que le cœur et l’âme étaient intimement unis, alors Galeno croyait (4e siècle avant notre ère) que le cœur est l’organe le plus proche de l’âme. La prière d’Hanna est née de la partie la plus profonde de son être, de son cœur. C’est une prière sincère qui est montrée comme telle et ce qu’elle est. C’est une prière qui parle de ce qui compte pour elle, de ce qui l’inquiète. Ce n’est pas un théâtre ou cherche à prétendre à quelque chose qui ne l’est pas. Le Talmud dit : « La prière est l’office (abodah) du cœur » ( B. Taanit 2a).

Hanna ouvre son cœur à Dieu et prie et pleure, elle n’a pas peur de se montrer fragile et vulnérable car elle sait que ce n’est que de cette manière que l’on peut se laisser transformer par la source de toute vie, source de la création.

Sefateyah na’ot vekolah lo ychme’a, « seules ses levres remuaint mais sa voix ne s’entendait pas ».

La prière d’Hanna est humble. Devant ceux qui sont venus au temple pour offrir de grands sacrifices, elle ne vient qu’avec ses mots. Devant ceux qui allaient faire de grands discours, les mots de Hanna sont innaudibles. Elle ne cherche pas l’acceptation des autres mais seulement que sa prière soit entendue par Celui qui est capable de lire nos cœurs. Heschel dit : « La prière est notre humble réponse aux surprises incompréhensibles de la vie ».

Deux sont les caractéristiques fondamentales de la prière de Hanna, la sincérité et l’humilité.

Maintenant que nous commençons une nouvelle année et que nous réfléchissons particulièrement aux dix jours précédant Yom Kippour sur ce que nous pouvons faire de mieux dans notre vie, je vous propose d’envisager la possibilité de consacrer chaque jour quelques minutes à la prière personnelle et silencieuse. Une prière comme celle de Hanna. Il ne s’agit pas de faire beaucoup, avec 15 ou 20 minutes chaque jour, nous pouvons en constater les avantages. Parfois, lorsque le travail nous laisse peu de temps libre, nous pouvons utiliser des « temps d’attente », lorsque nous nous attendons à être servis dans un bureau, lorsque nous attendons le train ou le bus, pour faire notre prière personnelle.

Le verbe prier en hébreu est « lehitpalel », c’est-à-dire que c’est la forme réflexive de « palal » qui signifie action. C’est-à-dire « lehitpalel », « prier », c’est une action que nous faisons sur nous-mêmes, c’est un travail intérieur, quelque chose qui est capable de nous transformer.

Maintenant que nous commençons une nouvelle année, je propose de vous laisser transformer par la prière d’Hanna, une prière intime et personnelle de sincérité et d’humilité.

Que cette nouvelle année soit une année de croissance personnelle et spirituelle. Un moment de changement, d’amélioration, de donner le meilleur de nous-mêmes.