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Pourim

En mémoire d’Esther…

Par Frédéric Zeitoun

Pourim, comme Hanuka, est une des deux fêtes dites mineures. Elle n’est pas prescrite par le pentateuque, n’est pas chômée, et renvoie à des événements relativement tardifs de l’histoire ancienne d’Israël. Pourim a un fondement scripturaire (le livre d’Esther).

La datation et même l’historicité des événements commémorés ce jour-là, situés en Perse et racontés par le livre d’Esther, prêtent à controverse. Cette fête est cependant la fête de l’Exil : elle rappelle le sauvetage miraculeux obtenu par Esther et son cousin Mardochée à un moment où Haman, ministre d’Assuérus et archétype du persécuteur antisémite, avait programmé l’extermination des Juifs dispersés dans le royaume.
Elle montre comment le sort a pu être inversé, et son nom renvoie à la manière dont la date et les massacres avaient été tirées au sort par Haman (Pourim vient de l’akkadien puru, désignant la pierre utilisée dans le tirage au sort, l’akkadien étant la langue diplomatique en usage au XIVe siècle avant J.C à la cour d’Egypte).

On retrouve le personnage d’Haman dans le Coran qui le situe à l’époque de Moïse : il est cité à trois reprises dans la sourate Le Récit pour insister sur le sort réservé à ceux qui s’attaquent aux croyants, ceux-ci comprenant les juifs (à méditer !). Aux offices du soir et du matin de Pourim, on procède à la lecture du rouleau d’Esther, la Mégila, « rouleau de parchemin ». Dans le judaïsme ancien, ainsi qu’aux premiers siècles du christianisme, des scribes étaient chargés de copier les textes en général, et sacrés en particulier, d’abord sur des feuilles de papyrus, puis sur des parchemins (peau d’animal) assemblés pour former des rouleaux (volumen en latin d’où vient volume). Avant l’apparition et la diffusion de l’imprimerie en Europe, au 14e siècle, ces écrits saints continuèrent à être recopiés, par des moines chez les chrétiens, des soférim chez les juifs, des maîtres calligraphes chez les arabes, avant qu’au début du Moyen Age soit repris le principe des Romains qui reliaient des tablettes de bois marquées d’un texte pour former un codex (tronc d’arbre en latin, mais aussi tablettes). Ainsi naquit l’ancêtre de notre livre actuel. Dans le judaïsme, seul aujourd’hui est maintenu sous cette forme le Séfer Torah, et le livre d’Esther reste l’unique écrit à être lu obligatoirement à la synagogue sous la forme d’un rouleau de parchemin : il constitue la Mégila par excellence !

Esther a un prénom dont l’étymologie : je cacherai (de « sater » : cacher), démontre que toute l’histoire de cette femme s’est déroulée de manière cachée.
Le personnage d’Esther, comme souvent d’autres figures féminines dans la littérature biblique, renvoie à un statut de la femme marqué par la secondarité et la sujétion.
Même sortant du lot, c’est bien comme épouse d’Assuérus et parce qu’elle est judicieusement guidée par son cousin Mardochée qu’Esther sauve les juifs de la persécution : ainsi assume-t-elle, malgré sa vaillance, son statut de « côte » (la Genèse rapporte la création de la femme d’une côte d’Adam afin de tirer pour l’homme « une aide qui soit semblable à lui ») et de pécheresse originelle la condamnant à être dominée par son conjoint…
La fête de Pourim, où la consommation de vin est recommandé (« boire jusqu’à n’en plus pouvoir ») donne lieu à des réjouissances de toutes sortes ; échanges de nourriture entre familles, dons de charité, cadeaux aux enfants, repas l’après-midi, confections de pâtisseries (oreilles de Haman ou poches de Haman), représentation de pièces satiriques (les Pourim shipl ashkénazes), carnaval, etc.
Le carnaval de Pourim est une des multiples facettes de l’humour juif, dont la Bible elle-même contient des exemples (satires, ironie).
La fête de Pourim se doit d’être particulièrement joyeuse et autorise une agréable licence… A noter que le carnaval dans la liturgie chrétienne débute un dimanche et s’achève un mardi, la veille du mercredi des Cendres qui ouvre la période du carême : pendant ces trois jours, il est permis de s’amuser sans retenue, de manger à satiété, avant le mercredi, jour de jeûne complet qui va « enlever la viande » : carnevale en italien… On ne trouve pas trace, dans le Coran, d’un « lâcher prise » si manifeste.
Alors mes amis, buvez, mangez, sortez, riez, aimez, Dieu vous y invite. La vie est belle pleine de nos sens ! Démasquez-vous et qu’enfin justice soit rendue au plaisir…

 

Le jour des sorts

Par Catherine Déchelette Elmalek

Pourim est pour la plupart d’entre nous synonyme de joie et de fête pour les enfants. On réfléchit aux déguisements : ah non Maman pas encore la fée !, allez s’il te plaît je veux être Dragon Ball Z !
On se dit qu’on va encore devoir se mettre en cuisine pour le buffet qui réunira toute la communauté ; où est ma recette d’Houmen Tachen, et si je faisais un gâteau roulé ? On choisit à grand peine qui sera Esther, Mardochée et Aman dans la pièce de théâtre à laquelle assistent émus et recueillis des générations de parents et de grands parents, tout en se demandant si on aura assez de lots pour la grande tombola qui clôturera la soirée ! Mais comme toutes les célébrations de notre calendrier hébraïque, cet aspect festif n’est que la surface apparente des choses ! L’apparence nous y voilà ! Si Pessah est l’histoire de la libération des hébreux par de grands miracles surnaturels et bien visibles de tous, Pourim marque l’action cachée de Dieu à travers les seuls actes de méditation et de réflexion de la reine Esther (d’ailleurs il n’est même jamais cité dans la Méguila). Ce qui semble n’être en apparence qu’un enchaînement d’évènements fortuits est un fait un moyen choisi par Dieu pour accomplir son œuvre. La prière et son action positive est là pour en porter le témoignage. Pourim est l’histoire d’hommes et de femmes qui prennent leur destin en main, et comme le dit le célèbre proverbe : Aide toi, le ciel t’aidera

Apparence encore dans les noms même des personnages de cette histoire de Pourim : Esther s’appelle en réalité Hadassah et Esther signifie en hébreu “cachée” …Son nom est bien symbolique de sa condition de jeune femme juive qui ne vit pas sous sa réelle identité. Pourim aussi est la célébration des retrouvailles avec ce que l’on est au cœur de soi. Apparence encore avec cette tradition du déguisement. Il est difficile de savoir précisément quand cette tradition est apparue dans la culture juive et Pourim. Il est probable que c’est au contact de la civilisation chrétienne, des traditions du Mardi Gras et de la proximité calendaires de ces fêtes que le déguisement et son sens évident lié aux fausses apparences s’est peu à peu imposé. Passant du statut d’opprimé à celui de protégé, passant de l’humilié à l’honoré, on cherche à être différent de ce que l’on attend habituellement de nous.
Qui est juif, qui est Aman, qui est cette femme au masque, cet homme sous ce chapeau ? En buvant durant le festin de Pourim jusqu’à ne plus distinguer dit- on un chat blanc d’un chat noir, c’est encore le jeu des apparences qui marquent ses règles. C’est le brouillage des identités qui tout en gardant sa foi, sa ligne de conduite, sa conscience d’être, permet à chacun de sortir de soi-même pour mieux se retrouver.