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Pessah

Quelle langue pour la Haggadah

Débat avec Frédéric Zeitoun, Magali Dalmont Georges Arfi et le rabbin François Garaï

Le judaïsme libéral, afin que les offices soient compris de tous, a introduit l’idée d’utiliser des livres de prières bilingues, où le Français et l’hébreu sont mélangés, et de traduire notamment les lectures de la Torah (paracha) et des prophètes (haftara) ainsi que celles concernant la totalité des fêtes du calendrier. Ainsi, lors du séder de Pessah, le récit de la sortie d’Egypte, la Hagada, sera lu pour partie en français, pour partie en hébreu. Sacrilège pour les uns, évolution naturelle pour les autres, deux manières d’appréhender la liturgie se confrontent. Entre les “anciens”, garants absolus des traditions dont la langue hébraïque est le centre, et les “modernes” pour qui la compréhension du texte, donc sa traduction, est fondamentale, ce sont deux conceptions d’une mémoire à transmettre qui s’affirment. Avant le séder communautaire, il nous a semblé intéressant de poser la question de la langue à choisir pour la lecture de la hagada à certains d’entre vous, religieux ou laïcs . A chacun de répondre en fonction de son histoire personnelle, familiale, et de sa propre perception du judaïsme, sachant que quelle que soit la langue, c’est l’esprit de la fête et la participation du plus grand nombre que l’UJLL cherche à préserver… Frédéric Zeitoun

Magali Dalmonte : J’adore l’hébreu et certains des parents que je croise le dimanche matin lors des cours de talmud de nos enfants sourient certainement de me voir entre deux tasses de thé réviser (péniblement) mais avec conviction mes leçons ; Aval zé lo kal (mais c’est pas facile) parfois je rencontre Lucie qui avec bienveillance me fais réviser et me donne quelques conseils car elle a la chance et le don de maîtriser parfaitement cette merveilleuse langue si chargée de sens pour nous tous. Mais je me souviens parfaitement des deux derniers seder de Pessah où je n’avais malheureuse-ment pas de gentille Lucie à mes côtés et souvent je l’avoue “j’ai décroché” car il est très dur malgré nos convictions de ne pas laisser notre esprit vagabonder lorsque tant de paroles sont dites dans une langue que l’on maitrîse si peu ou pas du tout. Je serais donc tout naturellement portée à souhaiter une lecture de la hagada en hébreu et en français, car si nous avons le plaisir et le devoir d’écouter et de perpétuer la langue de nos ancêtres, il est aussi d’une grande nécessité pour nous “tous” d’en comprendre le sens.

Georges Arfi : Moi je suis favorable à un Séder en hébreu, ce qui n’empèche ni l’explication préalable du Seder à l’assistance (son sens, ses symboles), ni la lecture personnelle de la traduction ou de la phonétique par le non hébraïsant pour accompagner les chants traditionnels. Ceci pour des raisons simples : rythme, ferveur et concentration, lien avec la tradition.

L’éclairage du rabbin François Garaï : Le point de vue des responsables du judaïsme libéral est le suivant : l’hébreu reste la langue véhiculaire fondamentale de la liturgie. Son usage permet ainsi à toutes les communautés de dire les textes essentiels dans une même langue. Un Juif en déplacement peut donc trouver sa place dans toutes les communautés du monde. Néanmoins, la compréhension des textes est essentielle car, comme le rappelle la phrase traditionnelle, le Compatissant recherche notre cœur, le cœur étant considéré comme le siège de l’intelligence rationnelle. La compréhension des prières est donc essentielle. Nous sommes sensibles à la mélodie et aux sons. C’est pourquoi, depuis toujours, la liturgie est chantée. Mais le son ne doit pas faire oublier le sens. Accorder plus d’importance et surtout plus de sens à l’enveloppe qu’au contenant est tomber dans le règne ou sous la domination de l’image ou de l’esthétique, c’est-à-dire succomber à une idolâtrie douce, une idolâtrie de complaisance. Que ce soit pour la Haggadah ou pour tout acte liturgique, l’esthétique ne doit pas nous faire oublier le sens. Comme la plupart de nos fidèles ne comprennent pas l’hébreu, une partie de la lecture doit être faite dans la langue du pays, les parties chantées gardant toute leur place mais pas toute la place.
Il faut se souvenir que certaines prières du Siddour ne sont ni écrites, ni prononcées en hébreu. La plus connue est le Kaddich qui est en araméen dans tous les Siddourim. Notons encore que l’un des passages qui ouvrent la Haggadah : est dit en araméen, langue parlée de l’époque, ce qui montre bien que la compréhension est essentielle, quitte à proposer un texte dans une autre langue que l’hébreu. Enfin, dans de nombreuses familles, il est d’usage, le deuxième soir de Pessah, de lire la Haggadah en judéo-arabe ou en ladino, preuve que la langue de la Haggadah peut ne pas être l’hébreu.

Pessah business

Par Manuela Wyler

Si tout ce que vous avez lu sur les coulisses de Pessah vous donne envie de vous exiler sur la lune une semaine au début du mois de Nissan, il y a peut-être une autre solution. Il existe un véritable business touristique autour de Pessah : autant les Israéliens quittent en masse le pays pour voyager autant les juifs de la Diaspora en Europe et aux Etats-Unis choisissent de plus en plus de passer cette semaine éreintante dans des hôtels cacher où tout a été prévu pour eux. De Natanya à Eilat, Israël reste une destination classique suivie de près par les français par Aix-les-bains, Cannes, etc… Plus étonnant, Majorque sous le contrôle du rabbinat de Nice prix 1350 € par adulte… ou Venise 1070 €. Alors quel calcul faire ? Supposons que votre famille soit constituée de 5 personnes, je vous laisse faire le calcul comparatif : deux Sedarim chez vous à 15 personnes (moyenne basse), plus une semaine de victuailles labellisées cacher-lé-Pessah, le dentifrice et cola pour les enfants, deux visites de S.O.S. médecins pour désordre digestif, 20 h de femme de ménage avant et 10 h après, parce que vous, vous travaillez et vous ne pouvez pas tout faire toute seule, donc vous libérez le budget de la Thalasso. Autre solution si vous ne souhaitez pas augmenter le résultat comptable de tous les épiciers cacher de la ville, achetez vos matzot et le vin mais de grâce ne tombez pas dans les excès du dentifrice et de l’huile. Je vous rappelle que le judaïsme libéral ne délivre pas de certificat de cacherout, donc ne touche pas de pourcentage sur les ventes de produits cacher, si vous voulez faire une mitsva, faites un don à la communauté. Hag saméah à toutes et à tous et n’oubliez pas de faire le plein de votre pharmacie !

 

Les coulisses de Pessah… ou comment éviter que Pessah ne tourne au cauchemar ?

Par Manuela Wyler

1/ Comment alléger le nettoyage de Pessah ?
Tout commence au lendemain de Pourim, quand remise des festins et des maux de têtes, la maison se réveille au bruit de l’aspirateur…Tout le monde ou presque a le souvenir d’avoir vécu ou entendu parler de grand-mères, mères, tantes, vidant la maison faisant venir les peintres, nettoyant frénétiquement chaque pièce, recoin de la maison, de la cave au grenier, vous intimant l’ordre de vider vos boites à trésors, sortant les livres de la bibliothèque, pour dépoussiérer, laver, aspirer. Cachérisant la vaisselle, la cuisinière le ou les frigos. Bref s’exténuant la santé pour pharmacie en ligne que la maison soit prête pour la semaine de Pessah. Libérée du Hametz pour s’affranchir de l’esclavage. Mais à quel prix ?
Dans le pire des cas un individu mineur de la maison hurle que non il ne touchera pas au tiroir sous son lit , que de toute façon on lui a toujours interdit de manger dans sa chambre et que ses BD sont vierges de tout résidu alimentaire. Une autre piquera une crise en voyant que vous avez nettoyé sa collection de CD (ou de n’importe quoi d’autre) mais dans l’impossibilité de reclasser les dits CD (le classement ne répondant à aucun critère logique recensé) elle ne s’y retrouvera pas. Claquements de portes et mots doux garantis.
Votre moitié ne comprend pas pourquoi il faut nettoyer d’autres pièces que la cuisine et la salle à manger puisque de toute façon c’est là que ça se passe et ronchonne quand vous lui demandez de démonter la cuisine IKEA pour vérifier qu’il n’y a pas une miette de pain ou un soupçon de farine derrière votre four, concluant par un “je ne vois pas pourquoi tu te donnes ce mal de chien alors qu’il n’y a que la tante Rita qui mange cacher”. Si vous n’êtes pas sous Prozac, démarrez la cure ce jour là. Sinon réservez en thalasso pour le lendemain de la Mimouna, vous le méritez !

2/ Comment éviter une catastrophe diététique ?
La moyenne des Israéliens prend 3 kilos pendant la semaine de Pessah, et souffre de dysfonctionnements digestifs, en diaspora il n’y a aucune raison de faire moins bien. Pourquoi, parce qu’à Pessah on cuisine trop et plutôt riche, friture pour les Ashkénazes, beaucoup de noix, noisettes, amandes noix de coco et aussi parce qu’une matza c’est 140 calories soit 2 tranches de pain les fibres en moins. L’hôpital Bikur Holim de Jérusalem ouvrira une ligne pendant les jours intermédiaires de Pessah pour conseiller les patients afi n qu’ils mangent sainement et qu’ils ne prennent pas de poids. Le numéro est +972 53-950097 de 8 h à 20 h. Uniquement en Hébreu !

3/ Comment éviter la crise sanitaire à la maison ?
Vous avez dû remarquer que la matza a le chic pour déglinguer tout système digestif normale-ment constitué ; pour éviter les deux pathologies majoritairement observées au 3e jour de la fête,à savoir constipation ou diarrhée quelques conseils s’imposent. Pour tous limitez votre consommation de matza ! Mangez pour les uns beaucoup de légumes crus avec leur peau, des pruneaux cuits et des figues en compotes, pour les autres, des carottes cuites, des compotes de pommes et du riz (si vous faites partie du sous-groupe autorisé à en manger) et ce jusqu’à ce que les symptômes disparaissent. Mangez doucement, mâchez bien évitez les boulettes de matza, bouillies ou frites, n’augmentez pas inconsidérément votre consommation d’œufs. Pour tous faites de l’exercice cette semaine là,au moins, vous éviterez des ennuis.

4/ Comment éviter que les enfants ne s’ennuient au Seder ?
Chacun de nous a le souvenir des Sedarim qui semblent sans fin. Sans fin c’est exactement l’impression que nos enfants ont quand l’estomac gargouillant ils comptent le nombre de pages restantes avant le moment du repas. Si vous n’êtes pas attentifs aux jeunes participants du Seder, un fois le « manichtana » passé qu’arrivera-t-il à votre belle nappe brodée et immaculée cadeau de la tante Esther ? Elle risque bien d’être sauvagement tâchée par les verres de vin doux ou de jus de raisin renversés ou parsemée de taches projetées par les doigts experts de nos chères têtes brunes. Bien sûr vous aviez mis devant chaque convive une serviette en papier pour les 10 gouttes symbolisant les 10 plaies, mais les dites serviettes ont déjà été transformées en boulettes qui sont au choix collées sous les chaises, projetées au plafond ou sur la kippa du voisin. Vous vous souvenez du ronronnement de l’animateur du Seder, et de l’envie que vous aviez enfant de lui demander de sauter des pages du récit. Vos enfants ne sont pas différents de vous, mais vous pouvez rendre le Seder plus vivant, pourquoi ne pas avancer les chants de la fin et les intercaler au cours du récit, cela réveillera l’assistance. La clé de la réussite est la participation des enfants pas seulement à la recherche de l’afikoman et aux quatre questions mais à tout le seder ! Si plusieurs familles participent à votre Seder demandez à chacune d’entre elles de faire préparer un petit sketch illustrant les différentes parties du Seder, pourquoi ne pas leur faire fabriquer en pâte à papier un plateau du Seder. Si l’épisode du ménage ne vous a pas épuisé, prévoyez des petits bouts de papiers que les enfants pourront plier pour symboliser les sauterelles et les lancer au moment du récit. N’hésitez pas à faire plusieurs tables et prévoyez une baby-sitter pour les petits. En résumé, impliquez les enfants dans tout le processus, soyez novateur, essayez des versions alternatives du Seder, installez vous confortablement au salon et ne passez à table qu’au moment du repas. Faites faire une sieste aux enfants l’après-midi, vous en serez heureux le soir.