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Cacherout et judaïsme libéral

Par François Garaï, rabbin du GIL-Genève

Les raisons pour un Juif libéral de pratiquer la cacherout sont les suivantes :

  • l’autorité qu’il accorde aux mitzvot
  • la discipline qu’il s’impose pour choisir ce qu’il mange et comment il le mange
  • l’interdiction qu’il s’impose de nourritures rejetées par de nombreux Juifs
  • l’identification avec le monde juif.

Chaque foyer est un mikdach meat/temple miniature dont la table est le mizbéah/autel. C’est pourquoi la question de la cacherout doit être envisagée par tout Juif, d’autant qu’elle a occupé une place importante au cours des siècles.

Une attitude du “tout ou rien” ne peut pas entrer pharmacie en de compte aujourd’hui et notre Tradition montre bien que la cacherout a évolué.

Ce n’est pas Adam qui fut autorisé à manger de la viande, mais Noé et ses descendants (Genèse 1:29, 7:2), et les lois de la cacherout font partie de celles qui se rapportent au Temple et aux prêtres, à une époque où la viande provenait exclusivement des animaux sacrifiés sur l’autel

(cf. Deutéronome 12:20-25).

C’est en considérant cette évolution et celle des règles rabbiniques que les premiers rabbins libéraux ont estimé que le Temple n’existant plus et la réinstauration des sacrifices sanglants n’étant plus espérée, il fallait repenser cet aspect de la pratique juive.

Mais il n’est pas question aujourd’hui de tout rejeter, puisque le judaïsme a toujours accordé une place particulière à la façon de se nourrir. La nourriture est un don de Dieu et si l’homme a besoin de manger pour vivre, il ne peut pas se laisser dominer par ce besoin vital. Dans ce domaine, il peut exprimer la maîtrise que lui procure le libre choix dont Dieu l’a pourvu, en choisissant sa nourriture. C’est ce que pensait Maïmonide qui voyait dans la cacherout un moyen pour l’homme de dominer ses instincts et ses pulsions (Guide 3:48, voir aussi Genèse Rabbah 44:1, Lévitique Rabbah 13:3).

Cacher veut dire “conforme” et non pas “saint”. Une nourriture cacher ne confère aucune sainteté particulière. Elle permet de mettre en pratique les mitzvot qui sont liées à la cacherout et n’a pas comme but la séparation des Juifs et des non-Juifs en rendant impossible le partage d’un même repas.

Les communautés libérales ont toutes adopté certaines règles concernant la nourriture servie dans leurs murs. Dans nos communautés, toute viande de bovins ou d’ovins doit être cacher, mais cette rigueur ne s’ applique pas obligatoirement à la volaille dont les règles d’abattage et de préparation ne sont pas les mêmes; tout poisson servi doit avoir nageoires et écailles, et aucun aliment carné ne peut être cuit dans du lacté. Le vin utilisé pour le Kiddouch doit généralement être cacher, bien que l’interdiction du vin non cacher n’ait plus sa raison d’être puisque ce qui était rejeté était la possible utilisation du vin pour des libations idolâtres, ce qui aujourd’ hui n’est plus le cas.

La Torah définit clairement les mammifères cacher : Toute bête qui a le pied onglé, l’ongle fendu en deux et qui fait partie des ruminants, vous en mangerez (Deutéronome 14:6). Pour les volailles, on considère généralement que les volailles de basse-cour sont cacher (Lévitique 11:13-19 et Deutéronome 14:12-18) et pour les poissons, ceux qui ont au moins une nageoire et une écaille qui s’ôte facilement (Lévitique 11:9-12). S‘ajoutent à ces règles l’interdiction de consommer le sang d’un animal (Genèse 9:4, Lévitique 7:26-27, 17:10-14) et celle de cuire des aliments carnés dans des laitages (Exode 23:19, 34:26, Deutéronome 14:21, B. Houlim 113b).