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Discours Investiture Rabbinique à Keren Or

Habituellement, lorsque nous évoquons le Tikoun Olam, nous parlons d’améliorer le monde, de le réparer, d’en faire un monde meilleur.

J’aime m’approprier la philosophie du Tikoun Olam (à savoir, réparer certaines choses en moi et m’améliorer en tant qu’individu) ; je m’intéresse également au Tikoun en terme de relations personnelles : améliorer notre relation avec notre prochain ; ou au Tikoun haAdam : améliorer notre qualité en tant que personne et, par extension, améliorer l’humanité.

Aujourd’hui, je suis extrêmement heureux car les différentes périodes, les différentes parties essentielles de ma vie, normalement séparées, se sont rencontrées dans une même unité de temps et de lieu, sous le même toit … dans cette magnifique ville de Lyon. Ma famille, mes amis, mes maîtres et rabbins, ma famille LB et ma famille KO : ma chère communauté ! Mon ressenti est tel que j’ai l’impression que nous avons respectivement effectué une sorte de Tikoun, de réparation.

Je ne conçois pas la vie sans l’amour de la famille, de mes maîtres, de mes amis … de ma communauté. Selon le philosophe Martin Buber, on ne peut pas être un “je” complet sans le “toi”. C’est dans notre rencontre et dans notre relation avec l’autre que nous pouvons devenir des hommes et des femmes complets. Selon Buber, l’homme peut vivre sans dialogue mais qui n’a jamais rencontré un “Tu” n’est pas véritablement un être humain.
L’être humain « bubérien » est par essence homo dialogus et ne peut s’accomplir sans communier avec l’humanité, la création et le Créateur. Ce dialogue repose sur la réciprocité et la responsabilité, laquelle existe uniquement là où il y a réponse réelle à la voix humaine. Dialoguer avec l’autre, c’est affronter sa réalité et l’assumer dans son vécu.

De la même façon, le Rabbin se découvre et s’affirme comme Rabbin grâce à sa relation avec la communauté. Les études rabbiniques, l’ordination rabbinique n’ont de sens qu’au service de l’amour et de l’humilité d’un Rabbin pour sa communauté. Suivant le modèle de Buber, le Rabbin devient plus Rabbin au sein de sa communauté et la communauté se développe plus comme une communauté dans la relation avec son Rabbin. C’est dans cette relation étroite que les deux grandissent.

L’être humain est aussi homo religiosus, car l’amour de l’humanité conduit à l’amour de Dieu et réciproquement. Il est donc impensable de parler aux hommes sans parler à Dieu, et vice versa. La Divine Présence participe donc à toute rencontre authentique entre les êtres humains et habite ceux qui instaurent le véritable dialogue.
La relation de chacun de nous avec nos frères nous rend plus humains. C’est dans cette rencontre avec l’autre que nous nous trouvons nous-mêmes ; c’est aussi par le lien avec l’autre que nous rencontrons Dieu. Partager en communauté est une expérience qui va au-delà de l’apparence. La communauté est le salon où nous nous asseyons et parlons avec Dieu.

Devenir le Rabbin de Keren Or est une bénédiction pour moi et j’espère que ça l’est également pour vous. C’est dans ce partage communautaire que nous avons la possibilité de nous trouver nous-mêmes et, grâce à l’autre, de nous développer chacun en tant que personne. C’est aussi dans le partage que nous allons à la rencontre de l’Eternel, source de toute existence.

Je crois fermement à Keren Or et je suis profondément optimiste quant à son bel avenir ; je suis certain que le judaïsme libéral jouera, dans le futur, un rôle clé de la vie juive à Lyon. Il est vrai que pour que cela se produise, nous devons fuir tout individualisme, être humble dans notre travail et partager les tâches tous ensemble, des anciens membres aux nouveaux membres actuels et à ceux à venir.
(vendredi dernier nous avons accueilli les nouveaux membres de notre communauté).

Comme vous le savez tous, des quelques «réalisations folles» que j’ai mises en place avant d’entrer à l’école rabbinique, ça a été d’ouvrir un restaurant. Ce restaurant fonctionne toujours et certains d’entre vous, ont eu l’occasion d’y manger en ma compagnie. (Vous pouvez alors vous demander si cela en valait la peine ou non).

Pardonnez-moi si je compare la gestion d’une synagogue à la gestion d’un restaurant. En voici le lien :
Les quatre pierres angulaires d’un restaurant, qui font sa renommée, sont :
– Une bonne cuisine.
– Une bonne ambiance.
– Une disponibilité (On ne peut pas dire : « aujourd’hui, on attend très peu des clients, donc on ferme ». Non, on doit cuisiner, allumer les lumières et le chauffage même si une seule personne vient dîner).
– Un bon prix.

De la même manière, une synagogue doit offrir :

– Un bon Judaïsme
– Un ambiance chaleureuse
– Une disponibilité (être capable d’accompagner nos membres tant dans la joie que dans la tristesse).

Et, bien sûr, que tout cela soit accessible à tous.

Mes chers amis : La tâche est ardue, il reste beaucoup à faire.
Nous avons tous besoin les uns des autres pour construire notre communauté, une communauté dans laquelle, à travers la rencontre de l’autre et le partage, nous pouvons être plus nous-mêmes, trouver notre « Je » et, dans cette relation fraternelle avec l’autre, accéder à une profonde expérience de la spiritualité, de la source de toute vie et de toute existence.

 

Lyon, 3 décembre 2017 

Haim Casas